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Petite Fée Coquelicot

...soyons le changement que nous voulons pour ce monde...


Du nouveau contre la violence éducative... Une avancée ?

Catégories : #Parentalité

" L’intérêt du déplacement à Stockholm le 10 septembre de Mme Nadine Morano, secrétaire d’Etat chargée de la famille à la conférence sur les droits des enfants organisée par le Conseil de l’Europe, n’aura pas été son intervention publique au nom de la France et de la présidence de l’Union européenne, mais ce qui s’est fait dans les couloirs.

 

Il faut dire que le discours de la ministre française consacré pour 95% à la politique familiale est très vite apparu aux auditeurs comme hors sujet. Quel rapport entre les modes d’accueil de la petite enfance, les rythmes de vie des familles et les droits des enfants à être protégé des violences, à participer aux décisions les concernant et à ce qu’il leur soit mieux rendu justice, axes de la conférence pour definirle programme de travail 2009-2011 ? Soit ses conseillers avaient mal lu le programme, soit la France estimait qu’elle n’avait rien à dire sur ces sujets, ce qui reconnaissons-le est assez surprenant tellement il se fait de choses dans l’Hexagone, y compris positives, et tellement nous disposons d’une marge de progression.

Autre illustration du désintérêt français pour une reflexion sur les droits de l’enfant qu’aucun fonctionnaire, de rang élevé ou même de base, n’était présent parmi les 350 participants quand de nombreux pays avaient envoyé sur les trois jours de travail, séminaires thématiques compris, des ministres et de hauts fonctionnaires. L’honneteté veut de dire que la Grande Bretagne et l’Allemagne brillaient également par leur absence administrative et politique. Négligence ou mépris pour le Conseil de l ‘Europe?

Comme d’habitude la visite éclair d’un ministre français entre deux avions n’a pas manqué de choquer et de renforcer la réputation qu’a la France d’être sur son Aventin s’agissant de questions essentielles aux européens.

Sauf qu’en l’espèce la ministre était aussi celle de l’Europe sur ce thème et qu’au nom de l’Union européenne elle avait matière à parler, à faire le bilan des actions engagées et à rappeler les nouvelles perspectives de Bruxelles.

Tout simplement aurait été le bienvenu un mot sur des problèmes communs à l’Union ou au Conseil de l’Europe, comme le sort fait aux enfants étrangers isolés ou la lutte contre la grande pauvreté.

Et pourtant le visite de Mme Morano ce 10 septembre 2008 restera dans l’Histoire puisque la ministre au nom de la France a signé l’Appel à en terminer avec les châtiments corporels lancé par le Conseil de l’Europe. Certes elle ne l’a pas fait devant l’assemblée réunie comme le fit la reine Astrid de Suède et de nombreux ministres. L’avion ne pouvait pas attendre. Juste avant la cérémonie, interpellée sur la dynamique donnée par le Conseil de l’Europe, elle devait donner sa signature. Apparemment contre l’avis de ses conseillers et sans qu’elle ait vraiment été informée de ce qu’elle était attendue sur ce point.  Après avoir mesuré en fine politique que quelques 27 pays sur les 47 du Conseil de l’Europe s’engageaient Mme Morano a rejoint l’Appel au nom de la France.

Ne mégottons pas. L’acte pour très discret - il n’a pas été rendu public par le ministre à son retour à Paris - est important. Il faut maintenant en tirer les conséquences.

Il est donc intéressant de voir ce que désormais le gouvernement ainsi engagé publiquement - outre la signature il y avait quelques  français dans la salle - compte faire pour mettre ses actes en conformité avec l’engagement pris.

Certes la volonté politique de combattre la fessée et la gifle n’est pas révolutionnaire. Les pays du Nord de l’Europe s’y sont engagés depuis 20 ans.

Rappelons qu’en France la fessée ou la gifle sont réservées aux seuls parents sur la base de l’exercice du pouvoir lié à l’autorité parentale,  - même si une jurisprudence l’étend aux enseignants dans certaines circonstances très précises - et  si ces pratiques ne franchissent pas la barre des violences légères.

Reste qu’il ne manquera pas de braves gens en France pour avancer que l’autorité parentale, et l’autorité tout court, déjà bien écornée - par Mai 68 bien sûr - n’existera plus si les parents se voient interdire de corriger leur enfant de temps en temps  quand ceux-ci désobéissent.
Et souvenons-nous des réactions suscitées par les poursuites contre cet enseignant finalement condamné durant l'été à 500 euros d’amende pour avoir violenté un élève de 11 ans qui l’avait traité de connard après que son professeur ait envoyé valdinguer ses affaires de classe.  Nombre dont deux syndicats estimaient qu’il n’y avait là que de très normal dans l’attitude de l’enseignant. 

La fessée et la gifle sont dans la tradition française comme le camenbert et le beaujolais.

Pour autant on peut vivre sans et dans la plupart des familles de France on vit déjà sans. J’ai déjà été amené à évoquer ici combien des familles notamment issues de l’immigration récente en sont déroutées qui assimilent violence et autorité :“Monsieur le juge, en France si on corrige son enfant pour le faire obéir l’assistante sociale vous envoie à la police et au tribunal. Je peux plus rien faire pour mon fils. “. 

C’est donc un grand acte symbolique que pour l’Etat d’affirmer, par la parole politique du gouvernement, puis à travers la loi, que la violence faite aux enfants doit être strictement cantonnée et qu’en tout cas elle n’est pas en tant que telle une méthode éducative. L’autorité n’a pas besoin de violence physique pour s’incarner.

En tout cas, si nous l’apprécions comme il se doit,  l’engagement souscrit par Mme Morano au nom de la France sans véritable débat préalable dans le pays, va devoir se décliner sous une forme ou sous une autre. Et déjà être assumé publiquement. A défaut nous perdions quelque crédit au plan international.

PS Chacun en se rendant sur le site du Conseil de l’Europe peut s’engager personnellement dans la dynamique lancée contre les violences corporelles faites aux enfants. Toutes les voies comptent."


Jean-Pierre Rosenczveig (LeMonde.fr)

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