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Petite Fée Coquelicot

...soyons le changement que nous voulons pour ce monde...


Ecole obligatoire : quand le gouvernement met notre République en danger...

Mon article du 4 octobre s’adressait aux élus de France et plus particulièrement à nos députés qui représentent notre démocratie. Cette lettre exprimait notre désarroi face à l’annonce incroyable du Président de vouloir supprimer le droit constitutionnel d’instruire nos enfants à la maison. Et puis le temps a passé, nous nous sommes attelés à défendre ce droit inscrit au cœur de la convention Européenne des Droits de l’Homme, défendre cet amalgame, cette diffamation.

Article 2 du Protocole n° 1 – Droit à l’instruction « Nul ne peut se voir refuser le droit à l’instruction. L’État, dans l’exercice des fonctions qu’il assumera dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement, respectera le droit des parents d’assurer cette éducation et cet enseignement conformément à leurs convictions religieuses et philosophiques. »


M’appuyant sur des rapports du gouvernement et des études de différents spécialistes, j’ai pu établir une synthèse qui démontre sans contestation possible que le radicalisme violent n’a rien à voir avec l’IEF et que cette interdiction ne réduira donc nullement cet extrémisme. Au contraire : le radicalisme violent (de quelque bord que ce soit) prenant racine dans les inégalités sociales et économiques et la relégation politique de minorités, il y a toutes les « chances » pour que cette interdiction, qui sera vécue comme une stigmatisation de plus, le favorisera…

Je disais dans ma première lettre que « Ce n'est pas un choix contre l'école… » car je voulais avoir un argumentaire constructif plus qu’accusateur. J’évoquais plusieurs raisons de cette prise de responsabilité, et principalement : « pour donner aux enfants une plus grande liberté, plus de contact avec la nature, pour leur permettre de tisser des liens avec les autres et donc de mieux s’intégrer dans la société, dans la réalité du quotidien ».

Une autre raison de ne pas confier nos enfants à l’école publique, c’est tout simplement que l’école n’est pas à la hauteur de la mission qui lui a été confiée. De fait :

  • Les moyens financiers sont en constante décroissance depuis 1995 (en % du PIB), ce qui se traduit par des classes surchargées avec des profs qui passent en moyenne 17 minutes par heure de cours de temps perdu à faire régner la discipline.
  • Du strict point de vue de l’instruction, les chiffres sont suffisamment éloquents : 12 à 15 % des jeunes Français de 17 et 18 ans sont en situation d’illettrisme, et 30 % de plus sont « peu lecteurs », c’est-à-dire « incapables de lire et de comprendre un texte de plusieurs pages » (Alain Bentolila, professeur de linguistique et auteur du rapport « Illettrisme et décrochage scolaire » remis à M. Blanquer en avril 2018). C’est un risque non négligeable, n’est-ce pas ?
    L’école a des résultats non satisfaisants au niveau des apprentissages ; l’OCDE pointe les difficultés qu’ont les professeurs à faire cours […] Sur les 36 pays de l'OCDE en 2018, la France se situe entre le 15e et le 21e rang.
  • Les pédagogies choisies favorisent l’esprit de compétition plutôt que la coopération, la réussite à court terme plutôt que l’intelligence/mémorisation à long terme (largement connu sous le nom de bachotage). La nécessité de se conformer au groupe pour être intégré font des enfants des individus normalisés ayant perdu toute créativité et sens critique (totalement déconnectés de leur environnement, écologique et humain).
     
  • Le « système scolaire » en lui-même formate petit-à-petit les enfants (horaires, relation verticale avec l'autorité...). Comme l’a dit très justement Albert Dupontel : « On les formate pour un système, dans l’espoir de les rendre productifs. Ils deviennent des consommateurs, et selon leurs aptitudes, des vaches à lait ou des prédateurs ».
     
  • Du point de vue de l’éducation, où est l’apprentissage des valeurs de la République, telle que la liberté, l’égalité, la fraternité (l’empathie, l’entraide) ? L’apprentissage de la véritable  philosophie (et non simplement son histoire) ne devrait-il pas être un des piliers d’une instruction républicaine ? Le savoir vivre ensemble n’est pas simple et devrait être enseigné dès le plus jeune âge et ce jusqu’à la fin du cursus… Or, dans cette tribune, des enseignants avouent eux-mêmes que l’école « ne forme plus au débat, mais à la sage écoute, et ne forme plus des citoyens éclairés, mais de dociles exécutants »…

Selon de nombreux spécialistes, l’école propose aujourd’hui une instruction de plus en plus médiocre, une éducation calquée sur des valeurs industrielles (production, rentabilité, efficacité, rendement…) et ne suscite même pas les « bons républicains » que notre président appelle de ses vœux (je vous invite à chercher le % d’abstention aux élections législatives et municipales des 40 dernières années…). Elle suscite au contraire une société irresponsable (je l’appelle la société « parapluie ») et individualiste qui oublie une devise pourtant essentielle : la fraternité ! C’est quand même incroyable qu’il faille un cataclysme ou une épidémie mondiale pour que les Français commencent à s’entraider comme ce fût le cas en ce printemps 2020 (entraide qui, malheureusement, a disparu aussi vite qu’elle est apparue), ne devrait-ce pas être tout le temps ainsi ?

 

Après nos premières démarches, nous avons reçu les réponses de nos députés : l’une était positive, l’autre s’appuyait sur une valeur fondamentale de la République, la laïcité, pour présenter la nécessité d’interdire l’instruction en famille.  

Nous avons donc fait des recherches pour comprendre cette dernière réponse, notamment cette conception de la laïcité. Nous avons redécouvert la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la Convention européenne des droits de l’homme, lu pour la première fois la Constitution Française… Puisqu’il est question, dans les discours du président, de ses ministres et de nombreux députés, de « faire des Républicains », nous avons voulu savoir exactement ce que signifie le terme « République » et comment celle-ci se distingue d’autres systèmes politiques démocratiques, comme par exemple les monarchies voisines (Royaume-Uni, Espagne, Suède, Norvège, Pays-Bas, Belgique…), élément pas aussi évident que ça !

 

Le projet de loi proposé par le gouvernement représente bien plus que l’imposition d’un système éducatif, et c’est pourquoi j’aimerais dans ce nouvel article, aborder plus largement le principe de laïcité.

Pour commencer, je vous invite à lire la définition que l’on trouve sur le site du gouvernement :

La laïcité garantit la liberté de conscience. De celle-ci découle la liberté de manifester ses croyances ou convictions dans les limites du respect de l'ordre public. La laïcité implique la neutralité de l'Etat et impose l'égalité de tous devant la loi sans distinction de religion ou conviction.

La laïcité garantit aux croyants et aux non-croyants le même droit à la liberté d’expression de leurs croyances ou convictions. Elle assure aussi bien le droit d’avoir ou de ne pas avoir de religion, d’en changer ou de ne plus en avoir. Elle garantit le libre exercice des cultes et la liberté de religion, mais aussi la liberté vis-à-vis de la religion : personne ne peut être contraint au respect de dogmes ou prescriptions religieuses.

La laïcité implique la séparation de l’Etat et des organisations religieuses. L’ordre politique est fondé sur la seule souveraineté du peuple des citoyens, et l’Etat —qui ne reconnaît et ne salarie aucun culte— ne régit pas le fonctionnement interne des organisations religieuses. De cette séparation se déduit la neutralité de l’Etat, des collectivités territoriales et des services publics, non de ses usagers. La République laïque impose ainsi l’égalité des citoyens face à l'administration et au service public, quelles que soient leurs convictions ou croyances.

La laïcité n'est pas une opinion parmi d'autres mais la liberté d'en avoir une. Elle n'est pas une conviction mais le principe qui les autorise toutes, sous réserve du respect de l’ordre public.

Vous aurez peut-être noté à la lecture des lignes précédentes, que la loi « en application du principe de laïcité » (n° 2004-228 du 15 mars 2004), qui stipule que « le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics, est interdit », est contraire au principe de laïcité qu’il veut défendre, puisque :

« De cette séparation (de l’Etat et des organisations religieuses) se déduit la neutralité de l’Etat, des collectivités territoriales et des services publics, non de ses usagers. »

 

Notre député nous a répondu dans sa lettre que « La laïcité est donc une des valeurs centrales de la République, un principe auquel personne ne peut déroger. » Si on se fie au texte publié sur le site du gouvernement, c’est faux ! les USAGERS des services publics n’ont pas à respecter une quelconque neutralité…

Il nous disait aussi que « Aujourd’hui, certaines écoles privées hors contrat et des écoles clandestines ne respectent pas le principe de laïcité […]. Lutter contre leur existence au nom de la laïcité est donc un devoir de la République. » Ne parlons pas des écoles clandestines, puisqu’elles sont, par essence, clandestines, et donc hors la loi. En revanche, pour les écoles privées, la laïcité ne s’applique pas, puisqu’elles ne sont pas un service public ! Comme le dit la définition du gouvernement, la laïcité, ce n’est pas interdire toutes les opinions (religions) mais toutes les respecter (dans les limites du respect de l'ordre public) et encore une fois, la neutralité ne concerne que : « l’Etat, les collectivités territoriales et les services publics ».

Un groupe politique pourrait vouloir interdire les écoles privées confessionnelles et l’instruction en famille pour uniformiser l’éducation et l’instruction, supprimer toutes les opinions qui lui sont contraires, et même interdire les religions, pourquoi pas… Mais il ne peut pas utiliser la laïcité comme argument !

De même, on ne peut pas évoquer la laïcité pour rejeter l’éducation donnée par certaines écoles ou familles et promouvoir une éducation plus « républicaine » car « La laïcité n'est pas une opinion parmi d'autres mais la liberté d'en avoir une. »

 

Lorsque nous avons présenté ces arguments, un député nous a répondu qu’on pouvait voir les choses ainsi, mais qu’il pensait « qu’on a tout intérêt à recalibrer un peu les choses », en parlant non pas de l’IEF, mais des écoles privées : « ces écoles-là, on n’en veut pas. Globalement, on veut des écoles qui quand même rentrent dans le cadre que nous souhaitons. » Il existe donc bel et bien un « on » qui veut imposer son opinion... Cela me choque un peu, car quand il est question de Charlie Hebdo, la liberté d’opinion et d’expression est largement défendue par le gouvernement (qui va même jusqu’à vouloir distribuer un livre de caricatures dans les lycées).
 

Mais quand il s’agit de l’opinion des Français ?

 

 

Revenons à la volonté du gouvernement d’interdire l’instruction en famille. Lors de son hommage à Samuel Paty, M. Macron a dit : « Alors, reviennent comme en écho les mots de Ferdinand BUISSON : « Pour faire un républicain, écrivait-il, il faut prendre l’être humain si petit et si humble qu’il soit […] et lui donner l’idée qu’il faut penser par lui-même, qu’il ne doit ni foi, ni obéissance à personne, que c’est à lui de chercher la vérité et non pas à la recevoir toute faite d’un maître, d’un directeur, d’un chef, quel qu’il soit » « Faire des républicains », c’était le combat de Samuel PATY. »  

« Et non pas à la recevoir toute faite d’un maître » … incroyable de dire une chose pareille quand on veut rendre l’école obligatoire non ?!  Le plus risible, c’est que Ferdinand Buisson avait prononcé ces mots lors d’un discours pour lutter justement CONTRE l’école publique laïque obligatoire ! Je cite Jean Baubérot (Historien et sociologue de la laïcité, professeur émérite à l’École pratique des hautes études) :

Buisson énonce ces propos au congrès de Marseille du Parti radical, en 1903, dans le cadre d’un très vif conflit entre deux conceptions divergentes de la laïcité. L’ancien collaborateur de Ferry oppose la manière dont on forme un républicain et celle dont « on fait un catholique » : « Pour faire un catholique, déclare-t-il, il suffit de lui imposer une vérité toute faite : la voilà, il n’y a plus qu’à l’avaler. »  On pourrait croire que Buisson célèbre l’école laïque, au détriment des écoles catholiques. Or il n’en est rien. Il s’agit plutôt d’une mise en garde. Le député radical proteste contre la volonté de son parti, entraîné par un sénateur, professeur en Sorbonne, Eugène Lintilhac, de rendre l’école laïque obligatoire par l’instauration du monopole étatique de l’enseignement, entraînant la suppression des écoles libres, pour la plupart catholiques. Selon Buisson, paradoxalement, en ne respectant pas la « liberté de l’enseignement », en rendant l’école laïque obligatoire, on va devenir incapable de « faire des républicains ». On ne fera que du « catholicisme à l’envers ». Buisson, estime que monopoliser la liberté de penser en faveur du camp de la liberté conduit à abolir toute liberté. Le monopole se heurta au barrage du Sénat, grâce à Clemenceau qui demanda « la liberté dans la diversité » et affirma : « S’il pouvait y avoir un conflit entre la République et la liberté, c’est à la République que je donnerais tort. »

Forcer par une loi à faire des Républicains est précisément contraire aux valeurs de la République… La République n’a pas le devoir de faire des Républicains, mais le devoir d’en susciter. La nuance est subtile, je l’avoue, mais comment allons-nous « faire des Républicains » en supprimant la liberté d’opinion ?

Et c’est là que cet article s’adresse à tous les Français !

Si demain, sous prétexte de ne pas vouloir laisser les parents éduquer leurs enfants (peut-être est-ce opportun d’ajouter ici que les enfants sont désirés puis engendrés et enfin aimés par leurs parents et pas seulement nourris, logés, blanchis ; comme si la parentalité se résumait à assurer la logistique des citoyens de demain), l’école est rendue obligatoire, quelle sera la prochaine liberté encadrée ? Les écoles hors contrats dans un premier temps, puis les écoles privées (comme en 1903) comme le témoigne la volonté de certains élus ?

Abaissera-t-on l’âge scolaire à 2 ans, l’augmentera-t-on jusqu’à 18 ans, comme certains députés le demandent ? Ainsi, le gouvernement sera sûr que les parents ne verront quasiment jamais leurs enfants, et ne pourront donc pas leur inculquer une quelconque opinion non républicaine… Arriverons-nous à un droit de regard sur les activités extra scolaires…comme le souhaite le Ministre de l’éducation lui-même ?

Ecole obligatoire : quand le gouvernement met notre République en danger...

Une fois la porte de la privation de liberté ouverte sous prétexte de sécurité, il ne faudra que quelques pas de plus pour tomber dans un régime autoritaire qui n’acceptera plus qu’une religion, la sienne : cette soi-disant République avec son interprétation de la laïcité (définition variable en fonction du gouvernement en place) !

 

Nous ne voulons pas d’une société uniformisée !
Nous refusons une société dans laquelle la différence fait peur et est stigmatisée…

Nous souhaitons au contraire l’avènement d’une société égalitaire, juste, fraternelle, où chacun, dans une grande ouverture d’esprit, accepte l’autre dans sa différence et apprend de ses particularités, s’enrichit du dialogue et de la rencontre, afin de permettre à chacun le plein épanouissement…

 

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