Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Mon livre...

Petite Fée Coquelicot

...soyons le changement que nous voulons pour ce monde...


Non, tous les chrétiens ne sont pas pour les châtiments corporels !

Catégories : #Parentalité

Info Chrétienne a publié un article il y a quelques jours, réagissant à la législation sur l'interdiction de la fessée :

Olivier Maurel, chrétien pratiquant, qui milite pour l'interdiction des châtiments corporels, a répondu à cet article... Je ne résiste pas à partager avec vous sa réponse :

Monsieur,
J'ai lu avec intérêt votre critique de la loi sur les punitions corporelles. Comme vous lui avez consacré un long article qui montre l'importance que vous accordez à cette question, je me permets de vous répondre aussi assez longuement en tant que chrétien attaché à la personne et à l'enseignement de Jésus-Christ.
Bien que j'aie du mal à croire que l'amour de Dieu pour ses créatures, tel que le présente Jésus, soit compatible avec des châtiments, je laisse de côté cette question en ce qui concerne les adultes. Mais en ce qui concerne les enfants, dans tout ce que Jésus a dit à leur propos, non seulement il n'y a pas un mot qui puisse justifier de les "corriger", mais même il les présente aux adultes comme des modèles : "Le Royaume des cieux est à ceux qui leur ressemblent". Jamais il ne leur fait "la leçon". Il les présente au contraire comme des "leçons" pour les adultes. Et à ses yeux, le plus grand crime, celui qui mériterait la mort, est celui de scandaliser un enfant. Jamais personne, avant Jésus, n'avait parlé des enfants de cette façon.
L'idée de la nécessité de "corriger" les enfants n'a, en fait, rien de spécifiquement biblique ni de spécifiquement religieux. Elle se trouve dans toutes les sociétés anciennes à partir d'un certain niveau de développement (le néolithique probablement), et assortie de proverbes qui recommandent de les punir très sévèrement. Dans la Bible, la sévérité va même jusqu'à la justification de la mise à mort du fils indocile (Deutéronome, 21, 18-21) et de la jeune fille chez qui on n'a pas trouvé les signes de la virginité (Deutéronome, 22, 21). Comme je suppose que vous considérez comme moi ces justifications liées à un certain type de société et un certain niveau de culture plutôt qu'à une inspiration divine, je pense que vous accepterez de reconnaître que la justification des corrections physiques infligées aux enfants peut être mise en doute sans remettre en question la religion. Je suis personnellement convaincu que la conception d'un Dieu-Père punisseur est une projection dans le domaine de la religion, des pères terrestres qui frappaient à coups de bâton leurs enfants en toute bonne conscience et "pour leur bien".
Une autre preuve de ce lien entre l'idée de la nécessité de corriger les enfants et un certain niveau de prise de conscience de la valeur des personnes humaines est la phrase de Platon que vous citez. Reportez-vous au texte intégral que l'on ne cite jamais quand on veut faire appel à Platon pour justifier les mesures autoritaires sur les enfants. A la suite de ce texte on trouve en effet : " le comble, mon très cher, de l'excès de liberté, tel qu'il apparaît dans une telle cité, c'est quand ceux et celles qui ont été achetés (autrement dit les esclaves) ne sont en rien moins libres que ceux qui les ont achetés. Et dans les relations des hommes avec les femmes et des femmes avec les hommes, le point où en arrivent l'égalité des droits et la liberté » Autrement dit, Platon, en même temps qu'il justifie la nécessité d'exercer une sévère autorité sur les enfants, justifie l'esclavage et la domination des hommes sur les femmes. Comme je suppose que vous ne justifiez ni l'un ni l'autre, je pense que vous admettrez qu'il n'est pas illégitime de penser que les châtiments corporels sur les enfants étaient en fait liés à un ensemble de pratiques sociales dont notamment l'Evangile nous a permis de prendre conscience qu'elles étaient inacceptables, et que ce n'est pas remettre en question la foi en Dieu que de demander leur interdiction comme on a interdit l'esclavage et la violence conjugale.
Demander l'interdiction des punitions corporelles sur les enfants, ce n'est en rien souhaiter que "tout (soit) permis pour faire une société plus juste". On n'est pas dans l'alternative entre la fessée et le laxisme. Il peut être nécessaire de contenir un enfant pour qu'il ne se mette pas en danger ou ne mette pas en danger les autres. mais ce n'est pas une raison pour le frapper. Les parents doivent savoir aussi qu'à l'âge où un enfant peut "se rouler par terre dans un supermarché", le développement de son cerveau est loin d'être achevé et qu'il est incapable de maîtriser ses émotions. Or, on l'amène dans un lieu qui ne peut que provoquer en lui de multiples désirs, où ses sensations sont stimulées par toutes sortes de moyens publicitaires, il n'y a donc rien d'étonnant à ce que la frustration qui en résulte provoque des crises que nous appelons "caprices" tout simplement parce que nous ne sommes pas informés du fonctionnement intérieur des enfants.
Vous vous insurgez contre l'immixtion de l'Etat dans la vie des familles. Vous insurgez-vous aussi contre l'immixtion de l'Etat dans la vie des couples quand il fait de la violence conjugale un délit et considère non sans raison que la violence conjugale commence à la première gifle. Au nom de quoi peut-on justifier dans ce cas la gifle à l'égard des enfants qui sont beaucoup plus vulnérables qu'une femme adulte ?
J'espère pour ma part que "la transmission des valeurs" et "la dimension du sacré" ont d'autres bases que le droit de gifler et fesser les enfants.
Vous écrivez "A cause des coups, de la volée de bois vert, fallait-il interdire la fessée ?". Je me permets de vous faire remarquer que si on en est arrivé à ne plus accepter la "volée de bois vert" et à ne plus la recommander comme un juste moyen de "corriger" les enfants, c'est grâce à une très longue évolution qui a commencé avec Erasme, Rabelais et Montaigne et qui s'est constamment heurtée à la résistance des Eglises, catholiques et protestantes, qui s'appuyaient sur les proverbes bibliques qui préconisent très explicitement les coups de bâton. C'est grâce aussi à l'intervention de l'Etat qui, à partir du début du XIXe siècle, a commencé à interdire les punitions corporelles dans les écoles. Si vous souscrivez "bien entendu à l'interdiction faite à toute personne de battre violemment un enfant", ce n'est pas à l'injonction de l'apôtre Paul que vous le devez, parce que cette injonction n'a pas empêché que pendant des siècles les enfants aient été épouvantablement battus dans les institutions religieuses. Vous y souscrivez en fait grâce à l'évolution de l'opinion provoquée par la prise de conscience que l'action de l'Etat puis de nombreux médecins, puis d'écrivains qui ont témoigné de ce qu'ils avaient subi quand ils étaient enfants, ont provoquée. La fessée, la gifle, sont des restes de cette vieille méthode d'éducation commune à toutes les vieilles cultures et qui sont très probablement responsables du fait que l'humanité est devenue l'espèce la plus violente, la plus cruelle et la plus destructrice du règne animal. Parce que lorsqu'on fait baigner les enfants dès leur plus jeune âge dans la violence, on obtient des adolescents et des adultes pour qui la violence est banalisée, qui ont appris que les conflits se règlent par la violence et qui, à force de se blinder pour ne pas trop ressentir les coups, se sont déconnectés de leurs émotions et des émotions des autres et ont perdu leur capacité naturelle d'empathie.
Vous exprimez votre conviction que l'interdiction des châtiments corporels n'aura aucun effet sur la maltraitance. Vous devriez vous renseigner sur les résultats de cette interdiction en Suède où, d'une part il ne reste plus qu'une minorité d'adultes qui s'opposent à cette interdiction, et d'autre part, malgré un système juridique et un système de santé beaucoup plus vigilants et efficaces pour détecter le nombre de décès d'enfants dus à la maltraitance, beaucoup moins d'enfants meurent par maltraitance qu'en France où gifles et fessées sont appliquées selon le bon vouloir des parents. On a constaté aussi en Suède une baisse de la toxicomanie, de l'alcoolisme et des suicides. Rien à voir avec la "brutalisation des rapports sociaux" que vous craignez.
Pour ce qui concerne l'autorité, ayant été professeur pendant 37 ans en collège et en lycée, je puis vous assurer que la meilleure façon de se faire respecter pour un enseignant est de commencer par respecter ses élèves et de mettre notamment en pratique ce respect en faisant tout pour les intéresser.
A propos du "symbole de la baguette" dont vous parlez, je vous recommande vivement la lecture de mon livre Vingt siècles de maltraitance chrétienne des enfants (Encretoile, 2015). Vous y verrez que loin d'avoir été seulement un symbole, la baguette, voire le bâton ou les verges ont été utilisées dans les institutions chrétiennes avec une violence qui vous surprendra. Et ces instruments sont encore utilisés dans beaucoup d'écoles religieuses, notamment dans les pays sous influence anglaise ou américaine.
Je ne sais pas de quand date le jugement d'Erik Fernholm sur le taux de suicides en Suède, mais ce qui est sûr c'est que ce taux est bien inférieur à ce qu'il est en France (11,1 contre 16,2 par 100 000 personnes et par an. Si l'on suit votre raisonnement, ce serait donc plutôt la liberté de leur donner des punitions corporelles qui pousserait les jeunes au suicide.
Vous craignez que cette loi n'annonce une "déchéance sociale en confondant ou en relativisant le mal et le bien". Puis-je vous faire remarquer que c'est peut-être en utilisant un moyen violent "pour le bien" des enfants, qu'on court le plus grand risque de "relativiser le mal et le bien" en contradiction totale avec les deux principes les plus élémentaires de la morale, ceux qu'on trouve dans toutes les grandes philosophies et les grandes religions : "Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'on te fasse" et "Il est indigne et lâche de la part d'un être grand et fort de faire violence à un être plus faible que lui" ? Vous savez sûrement que l'exemple du comportement des adultes est ce qui a le plus d'influence pédagogique sur les enfants, beaucoup plus que les paroles. Or, de quoi donne-t-on l'exemple aux enfants quand on les frappe ?
C'est assurément par l'exemple qu'on peut le mieux "fournir des référentiels et des cadres globaux pour le développement des enfants", plus que par des sermons et par le contre-exemple de la violence exercée à leurs dépens.
Je ne vous ai vraisemblablement pas convaincu, mais je serai très heureux de poursuivre avec vous cette discussion.
Bien cordialement.
Olivier Maurel

Quant à moi, chrétienne convaincue, je suis aussi persuadée que l'Ancien Testament n'était qu'une préparation au Nouveau Testament... Jésus est venu pour nous expliquer qu'une loi écrite qui promettait des récompenses à ceux qui obéissaient et des punitions à ceux qui désobéissaient ne pouvait être qu'un échec... il n'y avait qu'à regarder le monde à ce moment-là !!! Tous les Juifs étaient loin d'être des modèles de piété, d'honnêteté, d'empathie... alors qu'ils avaient eu la grâce d'avoir la Loi...

Jésus est venu nous annoncer un Père aimant et compatissant, dont le coeur saignait lorsque ses enfants s'éloignaient de la voie du bonheur qu'il avait tracée pour eux... Un Père qui était prêt à pardonner à chaque erreur sincèrement regrettée, un Père qui cherchait l'adhésion consciente et volontaire de ses enfants, et non leur obéissance par peur de la punition... Un Père qui voulait que la Loi soit écrite dans le coeur de ses enfants...

 

Concrètement, qu'est-ce que cela veut dire pour les parents chrétiens ? Qu'en tant que parents, ils sont le reflet tangible, pour leurs enfants, de Dieu le Père. Et que cela leur incombe la responsabilité de montrer de Dieu une image la plus véridique possible... Et donc sortir de ce schéma récompenses / punitions qui enferme dans l'Ancienne Alliance. 

Au contraire, nous devons emporter l'adhésion consciente de nos enfants, en leur faisant comprendre que chacun de leurs actes a des conséquences à la fois pour eux, mais aussi pour leur entourage... Et que ces répercussions ont un impact sur les émotions de leurs proches. Nous devons les aider à CHOISIR d'agir pour préserver le coeur des autres, comme en tant que chrétiens nous devrions agir pour préserver le coeur du Père... Cela fera d'eux des adultes réfléchis, attentifs, attentionnés, empathiques, responsables. Et non des adultes qui auront peur du "gendarme" !

Un exemple tout bête : si vous voulez expliquer à votre enfant le but des limitations de vitesse, que leur expliquez-vous ? Que s'ils ne les respectent pas, ils risquent une amende ? Ou qu'une vitesse excessive peut être dangereuse et coûter des vies ? personnellement, je préfère qu'ils roulent à la "vitesse autorisée" pour ne pas risquer de renverser un enfant et sa maman plutôt que pour ne pas avoir à débourser quelques centaines d'euros !

En conclusion, pour arriver à cette "adhésion consciente", à cette loi écrite dans leurs coeurs, nous devons renoncer au schéma récompenses / punitions, qui produit exactement le contraire ! Mais ça, Olivier Maurel l'explique beaucoup mieux que moi :

Commenter cet article

Carine 11/04/2017 23:12

Je viens de lire votre article, j'aime beaucoup ce que vous dites, cela me parle beaucoup, merci!

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents