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Ces femmes qui sont accouchées...

Catégories : #Accouchement

Retranscription d'un article de Marie accouche là, dont vous trouverez le lien en fin d'article...

Dans le langage courant, le verbe « accoucher » est souvent utilisé à la forme passive. Des mères évoquent le gynécologue qui « les a accouchées » ou parlent de « médecins qui accouchent les femmes ». Cette tournure n’est que le reflet de la réalité, l’image de ce processus qui conduit le monde médical à réduire les femmes à la passivité tandis qu’une personne, souvent un homme, s’active pour faire naitre le bébé. S’il ne s’agissait que d’une simple répartition des tâches, fût-elle sexiste, il n’y aurait pas de quoi s’alarmer plus qu’une organisation de couple où monsieur tondrait la pelouse pendant que madame préparerait le dîner. Le souci est que contraindre une femme à la passivité pendant son accouchement exige d’user de violence extrême à son égard.

La forme la plus flagrante de cette violence est l’expression abdominale. Pour les non initiés, cette pratique consiste pour le personnel hospitalier à exercer une pression sur le fond de l’utérus avec l’intention d’accélérer la naissance. Chaque soignant y va de sa méthode : les uns enfoncent leur coude entre l’estomac et l’utérus de la femme, les autres y appuient les paumes ou les poings, certains poussent sur le ventre à l’aide de l’avant-bras en se servant de la table d’accouchement comme levier, tandis que les plus acrobates montent à califourchon sur la future mère pour peser de tout leur poids sur son abdomen. Certaines sages-femmes, se jugeant trop frêles, peuvent même s’y mettre à deux ou à trois, parfois pendant qu’une comparse tire sur le bébé pour l’extraire du vagin en pratiquant souvent une épisiotomie pour agrandir l’orifice vaginal. Dans tous les cas la scène est la même : une femme allongée, généralement en souffrance ou réduite à l’immobilité par une péridurale, dont le corps est malmené par une équipe médicale jusqu’à l’extraction du bébé.

Sans surprise, un tel traitement entraine bon nombre de séquelles physiques parmi lesquelles des ecchymoses, des douleurs abdominales persistantes parfois longtemps après l’accouchement, des fractures des côtes, des déchirures du périnée ou du sphincter anal, des lésions internes telles que l'explosion de la rate et des dommages au foie, et parfois même des atteintes graves à l’appareil reproducteur comme la rupture utérine. En d’autres termes, cette pratique occasionne des blessures équivalentes à celles d’un passage à tabac ou un accident de la route. Mais plus encore que les meurtrissures physiques, cet acte médical engendre d’importants traumatismes psychologiques.

Pour ceux qui l’ignorent encore, l’accouchement est un processus très lent. L’utérus, devenu pour l’occasion le muscle le plus puissant de l’organisme, pousse petit à petit le fœtus vers la sortie, au cours d’une période s’étalant sur de nombreuses heures, parfois même plusieurs jours. Sous l’effet d’un subtil cocktail hormonal, il se contracte pendant quelques secondes, dirigeant le bébé vers le vagin. Puis il se relâche, permettant à la future mère de récupérer des forces et de se détendre, tandis que l’enfant remonte dans la cavité utérine où il retrouve, pendant plusieurs minutes, un espace permettant des échanges revigorants avec le placenta pour mieux affronter la compression suivante. Par ce déroulement patient, les tissus maternels s’écartent très progressivement par un agencement autoprotecteur, et c’est millimètre par millimètre que le bébé avance en toute sécurité vers sa naissance. Malheureusement, cette lenteur n’est compatible ni avec les dogmes de l’obstétrique considérant que l’enfant doit naitre le plus rapidement possible en raison des dangers qu’il court dans le ventre hostile de sa mère, ni avec les visées économiques des hôpitaux cherchant un rendement maximal des salles d’accouchement par une rotation des femmes à un rythme soutenu. L’idée que le fœtus ne se conforme pas à ces objectifs et ne se dirige pas d’un bond vers la sortie est insupportable pour les praticiens qui se sont donnés pour mission de réagir à cette anomalie en violentant les parturientes.

Pour bien comprendre cette violence pendant l’accouchement, pensez à la défécation. Lorsque vous êtes constipé, il est probable que vous ayez une préférence pour des toilettes propres et confortables, dont la porte est munie d’un verrou, et où vous pouvez tranquillement tenter l’expulsion des résidus de vos dîners, avec la possibilité, selon vos inclinaisons, de scruter les détails des murs qui vous entourent ou de vous plonger dans une lecture passionnante. Si malgré d’interminables tentatives d’évacuer le contenu de vos intestins, la cuvette restait désespérément vide, il est possible de vous vous résigniez à quitter le lieu d’aisance, afin d’y revenir après une pause salvatrice et remporter alors le succès escompté. Imaginez maintenant l’effet sur vos sphincters d’une situation où, à tout moment, des gens ouvrent la porte non verrouillée, examinent votre anus sans vous en demander l’autorisation, y introduisent les doigts pour en tâter le fond et se permettent des remarques sur le peu de progression de la situation, tout en gérant la file des autres personnes qui piétinent derrière la cloison en attendant leur tour. Il est très probable qu’au lieu de favoriser le doux écartement de vos chairs augurant une délivrance, cette ambiance contribue à encore plus de crispation délétère. Imaginez maintenant qu’à un moment donné, ces visiteurs intempestifs vous intiment l’ordre de vous allonger sur une table, et se répartissent les rôles où les uns enfoncent leurs poings dans votre ventre pour pousser les excréments vers la sortie pendant qu’un autre sectionne votre anus à l’aide de ciseaux pour en élargir l’orifice. Il est très probable que vos intestins finissent par être vidés, mais au prix de lourds traumatismes physiques et psychiques. C’est pourtant le sort réservé en France à un tiers des femmes qui accouchent pour la première fois.

En 2007, la Haute autorité pour la Santé a reconnu qu’il n’existait pas d’indication médicale justifiant l’expression abdominale, et qu’au vu du vécu traumatique et des complications graves qu’elle produit, il y avait lieu d’abandonner cette pratique. Les praticiens préfèrent pourtant ignorer les recommandations médicales et les publications scientifiques afin de conserver leurs petites habitudes marquées par l’obscurantisme et la misogynie, si bien qu’en 2013, 22% des femmes qui ont accouché en France ont encore été victimes de cette violence obstétricale.

L’ocytocine de synthèse comme torture chimique

Cette abominable expression n’est pas la seule pratique dangereuse visant à contraindre les parturientes à la passivité. L’administration d’ocytocine de synthèse en est une autre. Plus sournoise encore, cette technique consiste à injecter cette hormone directement en intraveineuse, afin d’augmenter le rythme et l’intensité des contractions de façon à accélérer la naissance. L’effet escompté est le même que pour l’expression abdominale, à la différence qu’elle ne laisse pas de traces sur le corps de la femme, et qu’elle est beaucoup moins fatigante pour le personnel médical dont l’action se limite à régler le débit d’un goute à goute d’une poche en plastique.

Les conséquences de cet acte peuvent pourtant être désastreuses pour la femme dont les contractions deviennent très rapprochées, extrêmement douloureuses, lui laissant à peine la possibilité de reprendre son souffle, et s’apparentant dès lors à une véritable torture. La routine médicale bien rodée prévoit alors de la réduire au silence en lui imposant une péridurale, sans nécessairement se soucier de son efficacité réelle ni de toutes les complications qu’elle entraine. Cette stimulation utérine artificielle est non seulement douloureuse mais également dangereuse puisqu’elle augmente jusqu’à cinq fois le risque de graves hémorragies de la délivrance, nécessitant parfois l’ablation de l’utérus comme seul recours pour sauver la vie de la jeune mère. Elle décuple également les risques de souffrance fœtale pour le bébé emprisonné dans un utérus surstimulé ne lui laissant plus les phases régulières de repos lui permettant une bonne oxygénation. Il va en plus sans dire que ces injections d’ocytocine sont majoritairement faites sans en avertir la femme, encore moins en lui demandant son autorisation préalable, puisqu’une femme passive n’a par nature ni opinion, ni capacité de discernement.

Dès 1997, l’OMS a classé l’accélération de l’accouchement par l’ocytocine comme une pratique fréquemment utilisée à tort. Mais qu’à cela ne tienne, comme les obstétriciens préfèrent s’accrocher à la règle arbitraire mais à la portée de leur esprit limité qui veut que l'ouverture du col de l’utérus se fasse à un rythme d’un centimètre par heure, ils sont imperméables à toute étude et recommandation évaluant les risques des actes posés pour poursuivre cet objectif. Aujourd’hui, en France, 15 ans après la publication des recommandations de l’OMS, plus de 60 % des femmes se voient encore injecter de l’ocytocine pendant le travail.

Jusqu’aux derniers instants de leur accouchement, les femmes peuvent de se voir contraintes à la passivité. Lorsque le bébé est engagé dans le vagin, se produit un réflexe d’expulsion donnant à la future mère une invincible envie de pousser. Alors que jusque-là l’impératif de rentabilité financière de l’hôpital et les dogmes de l’obstétrique incitaient l’équipe médicale à accélérer l’accouchement en faisant usage des pires violences, il arrive qu’à cet instant précis, tandis que chaque cellule du corps de la femme lui hurle d’éjecter son enfant et que son anatomie toute entière se charge de la puissance nécessaire pour atteindre victorieusement la ligne d’arrivée, les sages-femmes besogneuses lui intiment l’ordre de se retenir. A ce moment-là, plus aucune considération ne porte ni sur la santé physique et mentale de la mère ou de l’enfant, ni sur la déshumanisation équivalente à celle subie par une personne à qui l’accès aux toilettes lui est refusé malgré un besoin très pressant. Seules comptent les minutes gagnées permettant au gynécologue retardataire d’arriver à temps à la salle d’accouchement pour réceptionner le nouveau-né à la sortie du corps de la mère et encaisser ses honoraires.

L’anthropologue Françoise Héritier observe que dans des sociétés préscientifiques, la croyance veut que, dans la reproduction, les femmes ne soient que des contenants ou des véhicules, alors que l’apport principal et vital provient de l’homme. Si la science a permis de démontrer que la procréation implique la mise en commun à parts égales de gamètes de deux partenaires, il est regrettable que l’obstétrique repose toujours sur des dogmes archaïques considérant les futures mères comme des enveloppes passives d’où sont extraits les bébés par l’entremise d’actions masculines.

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