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Petite Fée Coquelicot

...soyons le changement que nous voulons pour ce monde...


Jardin-forêt : uniquement à la campagne et dans le sud ?

Catégories : #Permaculture, #Jardin-forêt, #Autonomie alimentaire

Dans les commentaires à cet article, Anne-Marie mettait un lien vers une vidéo qui présente le jardin-forêt des Fraternités Ouvrières de Mouscron, en Belgique.

J'ai déjà parlé des jardins-forêt ici :

Mais c'est vrai que cela faisait un bout de temps déjà que je prévoyais de faire un article consacré à ce magnifique exemple des jardins-forêt en Europe.

Alors je m'y colle un peu plus tôt que prévu !

C'est parti...

Tout d'abord, quelques mots pour dire que les jardins-forêt, ce n'est pas quelque chose de nouveau. Ce n'est pas un concept qui est sorti de l'imagination fertile d'un de nos contemporains ! Cela fait longtemps que plusieurs peuples autour de la planète en cultivent, pour leur plus grand bonheur !

Par exemple : au Kerala (Inde), au Népal, au Sri Lanka, à Java, en Zambie, en Tanzanie, au Zimbabwe et au Mexique.

En revanche, la plupart des personnes à qui j'en parle me répondent que oui, certainement c'est un beau concept, mais pour les pays à climat tropical ou sub-tropical, en tous cas les pays chauds !

Et qu'ici, en France, mis à part peut-être dans le sud du Sud, ce n'est pas tenable sur le long terme, et que même si on a des chances de s'en sortir en été, en hiver ce n'est même pas envisageable...

Jardin-forêt : uniquement à la campagne et dans le sud ?

Pourtant, Robert Hart, un visionnaire, décide d'adapter ces jardins-forêt sub-tropicaux à l'Angleterre ! Une gageure qu'il remporte haut la main, après des années d'efforts... En 1960, il commence à cultiver un jardin-forêt à Wenlock Edge, dans le Shropshire. Petit-à-petit, il adopte une alimentation végétalienne et crue, et remplace donc tous les animaux de la ferme par des plantes. Quelles plantes ?

- des arbres fruitiers

- des arbres à noix

- des légumes verts (dont des plantes sauvages comestibles)...

Bientôt, ses plantations couvrent les 5000 m² de la ferme familiale.

Au niveau du concept, il reprend les bases des jardins-forêts exotiques : 7 couches de végétation, qui permettent sur une petite surface la prolifération de nombreuses plantes qui ne se gênent pas les unes les autres, mais au contraire s'aident mutuellement.

Ces 7 étages sont d'ailleurs ensuite repris par Bill Mollison dans le design permaculturel.

Jardin-forêt : uniquement à la campagne et dans le sud ?

De nombreuses personnes se lancent elles aussi dans la création et l'entretien de jardins-forêt à travers le monde, toujours avec succès...

Parmi les plus célèbres : Graham Bell, Patrick Whitefield (dont je vous ai déjà parlé du livre, disponible ici), Dave Jake...

Gilbert et Josine Cardon, eux, sont moins connus... Et pourtant, leur expérience est tout simplement exemplaire ! En 1970, alors qu'ils se retrouvent tous les deux sans emploi, ils décident de commencer à cultiver leur jardin de Mouscron pour subvenir à leurs besoins alimentaires.

Jardin-forêt : uniquement à la campagne et dans le sud ?

Pour les sceptiques, Mouscron, ce n'est ni sous les tropiques, ni même dans le Sud de la France ! Mouscron, c'est ici, en Belgique :

Au nord de Tourcoing et Roubaix...

Très vite, le couple se prend de passion pour cette manière très particulière de jardiner, et crée l'association des Fraternités Ouvrières, pour promouvoir en Belgique, mais aussi dans le monde (leur action continue par exemple en Amérique Latine), un mode de culture qui permettrait à tout un chacun d'avoir accès à une nourriture biologique et abondante, sans un grand espace, et sans énormément de travail (du moins après les premières années)...

Au bout de 35 ans, leur jardin de 1800 m² est une véritable jungle d'arbres fruitiers, de lianes comestibles et de plantes potagères et aromatiques, qui se resèment toutes seules, dans une fantastique variété et une abondance qui dépasse l'imagination.

Quelques vidéos pour vous faire visiter leur jardin :

Un de leurs "trucs", c'est de planter les arbres très serrés : ils se trouvent ainsi dans ce que Gilbert appelle la "concurrence favorable", leur concentration évitant qu'ils ne se développent en troncs et en branches. Ils restent donc souvent à taille d'homme, et s'étalent généralement sur seulement 70 cm de large...

Josine explique aussi que les fruitiers sont "pincés en vert" au début de l'été, lorsque les pucerons arrivent et que l'oïdium commence à se développer sur les feuilles. Pour ceux que ça intéresse, il suffit de pincer entre le pouce et l'index la partie qui a grandi à partir d'un bourgeon terminal et de l'enlever. Le développement de l'arbre est donc stoppé en hauteur, et il garde les proportions voulues, qui permettent aux autres arbres de se développer aussi, ainsi qu'aux plantes basses d'avoir assez de lumière pour pousser correctement. La partie enlevée est remise au pied de l'arbre, apportant ainsi un soin naturel à l'arbre contre l'oïdium et d'autres maladies.

Ainsi, les fruitiers restent très longtemps très productifs, sans s'épuiser par une croissance végétative. L'essentiel de leur énergie est gardée pour se protéger des parasites et pour développer les fruits, qui sont nombreux et gros...

Jardin-forêt : uniquement à la campagne et dans le sud ?

Les sceptiques me diront peut-être que d'accord, là-bas, ça pousse. Mais que bon, ça ne doit pas être super varié non plus, comme alimentation... Qu'ils se détrompent ! Grâce au micro-climat forestier recréé naturellement par la densité de végétation, des espèces étrangères peuvent pousser !

Effectivement, de grands fruitiers ont été placés au Nord. Leur présence, alliée au maillage végétal serré, protège le jardin des vents froids de l'hiver, ainsi que du gel. La profusion des arbustes et buissons fruitiers (groseillers, casseilliers, myrtilliers, cassissiers, framboisiers...) permet de maintenir la densité végétative même au niveau du sol et juste au-dessus. En hiver, la température dans le jardin est généralement de 3 à 5° plus élevée que dans la ville elle-même... En été, c'est plutôt le contraire : l'humidité permet de maintenir une température plus fraîche. Ainsi, Gilbert et Josine ont réussi à cultiver plusieurs figuiers, et même un jeune bananier !

Et surtout, surtout, finie la corvée d'arrosage : le sol étant protégé par la végétation, et nourri par les déchets végétaux et d'alimentation qui restent au sol, il subit moins d'évaporation et échappe à l'action desséchante des vents de la région.

Jardin-forêt : uniquement à la campagne et dans le sud ?

Gilbert et Josine n'ont pas pensé qu'à eux dans ce jardin : au pied de chaque arbre prend place un pot renversé. De la paille est placée à l'intérieur, et permet aux insectes prédateurs des vers de fruits de trouver un abri. De même, les cloportes, qui se nourrissent de matières végétales mortes et produisent en retour de l'humus, peuvent se multiplier ! Il a d'ailleurs aussi une action bénéfique sur les fruits : si un fruit présente des points de pourriture, Josine explique que le cloporte va aller s'en nourrir, empêchant ainsi son développement et la "contagion" aux autres fruits de l'arbre.

Les oiseaux, eux aussi, sont les bienvenus : ils se nourrissent notamment des vers et larves qui attaquent les fruits ! Pour peu qu'on implante un point d'eau, les oiseaux ne s'en prendront que très peu aux fruits, qui ne sont pour eux qu'une source de liquide.

Gilbert et Josine ont aussi eu à coeur de créer dans le jardin plusieurs zones un peu plus sauvages, avec des tas de branchages morts, comme refuge pour les bourdons, les abeilles, les grenouilles et les crapauds.

Jardin-forêt : uniquement à la campagne et dans le sud ?
Jardin-forêt : uniquement à la campagne et dans le sud ?Jardin-forêt : uniquement à la campagne et dans le sud ?

Pour terminer, voici un petit inventaire de leur jardin :

- 312 variétés de pommiers (395 arbres)

- 16 variétés de poiriers (242 arbres)

- 69 variétés de pruniers (81 arbres)

- 59 variétés de cerisiers pour 68 arbres

- 82 variétés de vignes différentes (127 plantes)

- 16 variétés d'actinidia pour 35 lianes

- 35 variétés de figuiers (41 arbres)

- 50 variétés de framboisiers

- 70 autres ronces fruitières de 31 variétés différentes

- 98 groseilliers de26 variétés

- 82 agrumes...

Et je vous rappelle tout de même que cette profusion ne court que sur 1800 m² !

Impressionnant, non ?

J'espère que ça vous aura donné envie de vous lancer, même si vous n'habitez pas dans le sud de la France :-)

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Commenter cet article

Myriam 25/06/2014 15:03

Félicitations pour ce manifique jardin. Je dispose de 1400 m2 et j'ai commencé des cultures de potager en chassis et j'ai bien envie de continuer avec les fruitiers. Nous habitons dans le sud ouest .Merci pour les en couragements. Myriam

Petite Fée Coquelicot 25/06/2014 17:21

Oh, je rêve d'un beau grand terrain comme ça !
Oui, c'est une excellente idée de planter des fruitiers... en-dessous, toute une vie potagère peut prendre place !

Anne-Marie 02/04/2014 17:29

Bel article, ;-)

Alexandra 25/03/2014 14:42

Ohhhh c'est vraiment incroyable... les choses bougent ds le bon sens. A Strasbourg il parle de lancer un nouveau jardin à croquer vu le succès du lancement du premier! Vive la permaculture. .. je vais essayer de suivre les am d'informations gratuites ds ce jardin à Strasbourg pour en apprendre davantage. Merci pour cette jolie découverte.

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