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Petite Fée Coquelicot

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Accouchement : à propos de la douleur...

Catégories : #Accouchement, #Parentalité, #Naissance libre, #Accouchement sans douleur

« Plus la civilisation a progressé et plus elle a affirmé que l’accouchement était une épreuve douloureuse et dangereuse. »
Grantly Dick-Read (« L’accouchement sans douleurs : les principes et la pratique de l’accouchement naturel », 1959, à ma connaissance se trouve uniquement d’occasion en français, dommage…)
Accouchement : à propos de la douleur...

Que la naissance soit douloureuse est un parfait exemple de croyance que la majorité des gens acceptent comme un fait indiscutable. C’est si profondément ancré dans notre esprit (et renforcé par les témoignages autour de nous, les mises en scène d’accouchements douloureux et dramatiques au cinéma et à la télévision…), que dans presque tous les cas, cela est effectivement douloureux. Les femmes s’attendent à avoir mal, elles se préparent à la souffrance, et par conséquent, elles vivent réellement l’accouchement comme quelque chose de pénible.

Grantly Dick-Read écrit : « la suggestion de la peur est transmise par l’atmosphère de la salle de travail ; elle émane des médecins, des infirmières et des membres de la famille. Tous croient en la douleur ; consciemment ou inconsciemment, ils l’insinuent, l’attendent, et même la présument. De telles suggestions autoritaires ont, sur l’esprit sensible d’une femme en travail, un effet stimulant les sensations douloureuses ».

Une étude comparant les attentes relatives à la douleur pendant le travail a été menée sur un groupe de Néerlandaises, et sur un groupe d’Américaines. Les deux groupes de femmes accouchaient à l’hôpital, et ont répondu à un questionnaire deux jours après leur accouchement. Les questions portaient sur leurs attentes relatives à la douleur, la médication qu’elles avaient éventuellement reçu pour y pallier, comment elles se sentaient après cette médication, et comment elles préféreraient que la douleur soit gérée lors d’un prochain accouchement. Dans les deux groupes, les femmes ayant reçu une médication contre la douleur éprouvaient les mêmes effets secondaires indésirables. Seulement, des disparités importantes apparaissent quant au nombre des femmes l’ayant effectivement reçue : 1/3 seulement des Néerlandaises avaient eu une péridurale, contre 5/6 des Américaines… Les Américaines s’attendaient à avoir mal et à ce que les douleurs soient trop difficiles pour être supportées sans analgésie. Dans les deux groupes, le nombre de femmes qui s’attendaient à ressentir de la douleur était quasiment identique au nombre de femmes qui avaient effectivement reçu une médication antidouleur.
(Senden et al. : « Labor pain : a comparison of parturients in u Dutch and an American teaching hospital », 1988)

Accouchement : à propos de la douleur...

Heureusement, toutes les femmes n’ont pas une expérience douloureuse du travail, comme le montre cet exemple cité par Helen Wessel :

« De temps en temps, l’infirmière posait sa main sur mon ventre et demandait : « avez-vous une contraction ? » Et je répondais tout-à-fait sincèrement : « je ne crois pas, je ne sens rien. » « Eh bien si, vous en avez une, répondait-elle, mais vous devez être si détendue que vous ne la sentez pas. » »
 
L’infirmière Jane Dwinell (1992) raconte cet accouchement particulier : « Je ne me rendais compte d’aucune de ses contractions – aucun changement d’expression, de mouvement ou de son. J’écoutais le cœur du bébé tandis que le docteur était assis sur le lit et faisait son examen vaginal. « Bien, vous êtes maintenant à huit, Ariel. Quand aurez-vous votre bébé ? Dans cinq minutes ? Dix ? Quinze ? » Nous avons tous ri, et Ariel a continué de sourire, allongée sur le lit, les jambes écartées. J’ai laissé ma main sur son ventre et, pour sûr, il se contractait. J’ai chronométré les contractions pendant que nous discutions – elles arrivaient toutes les deux minutes et duraient une minute. Cette femme avait bel et bien des contractions. « Pouvez-vous les sentir ? », lui ai-je demandé alors que son ventre remontait, se contractant fermement. « Pas du tout », a-t-elle répondu.
Trois contractions plus tard, elle a perdu les eaux, un liquide clair sortant de son vagin et se répandant sur le lit. « Le bébé arrive ! », a-t-elle dit. Sans même un gémissement ou un grognement, elle a écarté ses jambes un peu plus, et j’ai vu la bosse sur son périnée. Elle a souri et s’est penchée pour toucher la tête quand elle a commencé à sortir. Le médecin soutenait son périnée, Ariel a poussé un profond soupir et le bébé est sorti. Elle s’est penchée pour attraper l’enfant – un garçon – que le médecin avait soulevé pour l’amener dans ses bras. »

Un témoignage rapporté par Ina May Gaskin :

« Enceinte de son premier bébé, mon amie Mary pensait que les crampes qu’elle ressentait à neuf mois de grossesse étaient à mettre sur le compte d’une grippe intestinale. Elle alla s’assoir sur les toilettes. Quelques minutes plus tard, leur fils naissait, attrapé par son père une seconde avant de tomber dans l’eau des toilettes. »
Accouchement : à propos de la douleur...

Un autre témoignage qui tend à prouver que ce sont nos croyances qui entraînent la douleur : une infirmière raconte lors d’une émission de télévision américaine qu’elle a mis au monde sa fille toute seule dans sa salle de bain. Pour son premier enfant, elle avait vécu une naissance difficile à l’hôpital, douloureuse, et qui avait duré plus de dix heures. Pour cette seconde naissance, elle n’a ressenti aucune contraction, mais simplement une sensation de pression. Elle a poussé deux fois, et a attrapé son bébé entre ses mains. Ce qui rend cette histoire insolite est que cette femme ne savait même pas qu’elle était enceinte ! Le bébé est né à terme et pesait plus de 3 kg. Son mari et elle avaient bien remarqué qu’elle avait grossi les derniers mois, mais aucun des deux n’avait pensé qu’elle pouvait être enceinte. Contrairement à sa première grossesse, elle n’a eu aucunes nausées ni aucun des troubles généralement liés à la grossesse. Elle raconte que si elle avait eu conscience de cette grossesse, cela ne se serait certainement pas passé aussi en douceur. Mais elle ne s’attendait pas à la douleur, et elle n’a donc pas eu mal ! Passé le choc initial, son mari et elle en ont conclu que c’était ainsi que Dieu avait prévu la naissance : rapide, facile, indolore…

Lors d’une émission de télévision en 1996, trois femmes ont livré leur récit d’accouchement peu douloureux. Aucune ne s’était rendue compte qu’elle était enceinte. L’une d’elle n’avait jamais accouché (son, médecin avait dit qu’elle était stérile) et elle n’avait pas resenti de douleur suffisamment forte pour se dire qu’elle ferait bien d’aller à l’hôpital. Comparables à une grippe intestinale, ses sensations l’avaient juste poussé à prendre un bain chaud, sans qu’elle comprenne qu’elle était en train d’accoucher avant que la tête de son bébé ne jaillisse d’entre ses jambes !

Le Dr Douglas rapporte une anecdote : une famille l’appela pour un accouchement. Lorsqu’il arriva, on lui raconta que la mère avait en fait accouché pendant son sommeil, et ne s’en était rendue compte que quand sa fille de 5 ans l’avait réveillée, effrayée de trouver ce bébé gigotant dans le lit familial…

Accouchement : à propos de la douleur...

Enfin, je vais vous raconter l’accouchement qui a fait prendre conscience de tout cela à Grantly Dick-Read, père de l’accouchement naturel : en 1913, alors qu’il assistait ses premiers accouchements, il fut appelé au chevet d’une jeune femme qui attendait son premier enfant. A son grand étonnement, elle refusa le chloroforme qui aurait pu soulager ses douleurs. Après la naissance du bébé, curieux, il lui demanda pourquoi elle avait refusé l’inhalation. Elle se tourna alors timidement vers lui et dit :

« Ce n’était pas douloureux ! Ce n’était pas sensé l’être, n’est-ce pas, docteur ? »

Cette remarque changea la vie et la carrière de ce grand bonhomme que j’admire beaucoup ! Depuis, il n’a cessé de faire des recherches sur le pourquoi du comment des douleurs de l’accouchement, et a tenté de faire savoir aux femmes qu’il était naturel d’accoucher sans douleur, et que ces douleurs n’étaient provoquées que par la médicalisation à outrance d’une part, et l’attente de la douleur d’autre part…

On pourrait rapprocher cette notion de l’expérience menée par des scientifiques français sur un prisonnier durant la Terreur. Bon, cette expérience est particulièrement cruelle, mais on peut tout de même en tirer quelques conclusions... Après avoir annoncé au prisonnier qu’ils allaient le saigner à mort, les médecins ont attrapé son bras et l’ont passé par une petite ouverture pratiquée dans le mur. Les scientifiques ont alors entrepris de passer le côté non tranchant d’un couteau sur son poignet – ce qui n’a même pas égratigné la peau – et de verser un filet d’eau tiède le long de son bras. Rapidement, le prisonnier est mort. Une autopsie a révélé des tissus drainés et blanchis comme s’il était mort d’hémorragie.

Pour en revenir à l’accouchement, on est en droit de se demander pourquoi, pour un même acte physiologique, certaines femmes vivent des instants d’intense douleur, et d’autres n’en ressentent aucune, allant même jusqu’à éprouver l’extase ou l’orgasme. Ina May Gaskin rapproche cette question du constat que les rapports sexuels peuvent eux aussi être extrêmement douloureux ou, à l’inverse, sources d’un plaisir extatique, selon l’habileté et la sensibilité du partenaire et le consentement de la femme. Après tout, mettre un enfant au monde utilise les mêmes organes que faire l’amour !

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